HISTOIRE & PATRIMOINE

L’HISTOIRE DE SAINT JEAN DE VALERISCLE

Il y a fort longtemps, quelques centurions qui avaient traversé les Cévennes pendant la Guerre des Gaules reçurent quelques terres de la vallée de l’Auzonnet des mains de Jules César lui-même.

Au cours des siècles qui suivirent, une activité pastorale s’établit dans la vallée, parallèlement à un artisanat né autour du minerai de fer. Plus tard, à l’aube du deuxième millénaire, des moines bénédictins séduits par la beauté du site et l’abondance des sources s’installèrent à leur tour dans la vallée. Sous leur impulsion, la population de plus en plus importante du locus de Sancti Johannis de Valerisclo, assainit les marécages, défricha la forêt, bâtit des murets de pierres jusqu’au sommet des collines et créa les faïsses destinées aux cultures de l’olivier, du mûrier, de la vigne et de l’oignon. C’est de cette période que date vraisemblablement la première église romane du village. Au bord de la rivière « Zona Auréa » (Auzonnet) le quartier « Le Barry » montre les fortifications protectrices et comment les maisons enchevêtrées étaient utilisées comme moyen de défense et comment leurs caves communicantes assuraient un moyen de replis en cas de nécessité. En 1384, on comptait à Saint Jean de Valériscle un peu plus de 20 habitants.

Durant le Moyen âge les activités agricoles et l’industrie métallurgique se développèrent encore et les oignons doux cultivés sur toutes les terrasses disponibles firent le renom du village qui sera désormais appelé Saint Jean des Cèbes (la cèbe étant le nom de l’oignon en cévenol) et aura pour armoiries trois oignons d’argent renversés sur fond vert. Tout le long de la rivière, seront construits des barrages : « les resclauses » qui donneront le nom Valériscle (« Vallea Resclausa » : vallée des resclauses). Ils permirent, grâce à la force motrice de l’eau, de faire tourner les « martinets », moulins servant à frapper le fer pour la fabrication de clous : les « tacho » (prononcer tatcho avec l’accent tonique sur la 1ère syllabe).

L’exploitation du charbon prendra de plus en plus d’ampleur et favorisera l’installation de verreries. L’ère industrielle et les besoins en combustible se faisant de plus en plus grands, des puits de mine seront creusés dans toute la vallée. « Les chevalets », grandes tours métalliques construites pour l’extraction de la houille, marqueront longtemps le paysage. Le viaduc au tablier métallique traversant la vallée témoigne d’un trafic ferroviaire important lié au transport de la houille. L’époque des mines fut une période faste pour le village qui connut alors une expansion rapide. Avec la fermeture de celles-ci, Saint Jean de Valériscle souffrit de la dépopulation et du vieillissement de sa population.

Aujourd’hui, les traces de l’exploitation minière ont entièrement disparu. Saint Jean de Valériscle est à présent un petit village calme et paisible au cœur du Parc National des Cévennes.

L’EGLISE DE SAINT JEAN DE VALERISCLE

L’église de style roman languedocien, construite à partir du XIIème siècle, se composait à l’origine d’une nef et peut-être d’un transept. Elle fut remaniée au cours des siècles. Par la suite l’église fut agrandie par l’adjonction de deux chapelles et par l’allongement de sa nef. En 1629, l’église fut dévastée et presque entièrement démolie par les huguenots. La paroisse avait alors pour prieur Henri Gallice, qui parvint à relever son église par des travaux qui durèrent de 1631 à 1634. Avant 1790, Saint Jean était une paroisse du diocèse d’Uzès. Pendant la révolution française, l’église fut fermée et le mobilier vendu, elle fut transformée en temple de la raison, et les cloches furent offertes à la république. Dans les années soixante, un vent de folie moderniste se fait jour à Saint Jean : le mobilier de l’église sera dispersé, le pavage renouvelé, les peintures murales disparaissent derrière un enduit coloré. Quelques décennies plus tard, des travaux furent effectués par des bénévoles et portèrent essentiellement sur le chœur et ont consisté à remettre à jour les pierres. Les autorités municipales, départementales et régionales ont pris ensuite le relais pour la nef et les chapelles. Quant à la délicate restauration des vitraux, elle fut confiée à un maître-verrier. L’église romane de Saint Jean, magnifiquement restaurée est le monument le plus remarquable de la vallée de l’Auzonnet.

 

Incorporée dans le pilier gauche du chœur, se trouve une pierre gravée qui est probablement une ancienne stèle funéraire gallo-romaine. Le chrisme qui y figure est remarquable par ses dimensions et son exceptionnel état de conservation. Il conforte l’hypothèse de l’origine gallo-romaine de Saint Jean de Valériscle. La voûte en cul de four est constellée de poteries acoustiques destinées à amplifier la voix du célébrant lors des offices et des prêches. Notre belle église est le symbole de la vitalité et de l’acharnement de tout un peuple cévenol à vivre dans une terre ingrate mais combien attachante. Les concerts qui sont organisés chaque année dans l’église font le ravissement des musiciens et des mélomanes. L’église se visite grâce à un son et lumière : le texte est dit par le comédien Pierre Santini sur un fond musical interprété par le trompettiste international Maurice André.

 

(crédits texte et photos : Jean-Marc Garnier et Cathy JUSTET)

L’église romane est ouverte au public tous les jours en Juillet et Août entre 9h30 et 17h30.

 

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